L’étrange quartier du Dragon
Une lumière tamisée, un public silencieux, tous les clients du New Amsterdam dînaient tranquillement en écoutant le groupe qui jouait quelques morceaux calmes. Assis près d’un mur, une jeune femme dans la vingtaine boit son verre de cognac avec élégance tout en parlant à un homme qui devait sûrement faire le double de son âge. Les joues un peu rougies par l’alcool, elle ne reste pas moins raffinée et discute, rêveuse, avec son compagnon.
« Tu es allé en Europe ? Demande-t-elle, les yeux pétillants.
- Oui, mon entreprise fait dans l’international et j’ai du me rendre à Düsseldorf, en Allemagne. Réponds l’employé de bureau en sirotant son whisky.
- La chance. J’ai toujours voulu visiter l’Europe. C’est un continent fascinant.
- C’est joli, oui. Mais rien ne vaut notre pays, je trouve.
- Aimes-tu le cinéma ?
- Je n’ai pas souvent le temps de voir des films, hélàs. Dit-il en soupirant. J’aimais bien quand j’étais petit.
- J’adore ça. Tous les films sortis durant l’époque de la Nouvelle Vague par exemple. »
L’employé de bureau se tait pendant un moment, jouant quelque peu avec son verre puis le repose et allume une cigarette. La jeune fille penche la tête de côté et demande si elle peut en avoir une également.
« Tu crois pas que tu es un peu jeune pour fumer ?
- Je ne suis plus une enfant, voyons ! J’ai tout de même 24 ans.
- Tu restes une enfant à mes yeux. »
La jeune fille fait la moue, fronce les sourcils et croise les bras. Puis elle se ravise et prends une gorgée de son cognac.
« Tu as une femme ? Demande la jeune fille en posant le verre sur sa joue.
- J’avais.
- Divorcé ?
- Oui.
- Pourquoi ? »
L’homme soupire. Pourquoi toutes ces questions, se dit-il. Il pose sa cigarette sur le cendrier et boit un coup.
« Elle trouvait que je n’étais pas assez présent et cela l’énervait. Explique finalement l’homme.
- C’est triste. Des enfants ?
- Deux.
- Si nous étions ensemble, je ne me fâcherais jamais contre toi. » Dit la jeune fille en jouant avec ses doigts, tout en se penchant un peu pour mettre en avant son décolleté.
Et voilà, encore une cruche qui pense pouvoir m’appâter avec ces vieux tours. L’homme lève la tête en fermant les yeux pour se plonger dans un monologue intérieur. Dans quel misère me suis-je encore embarqué ? PAN. Bon, elle est plutôt bien roulée… Je l’emmène chez moi, on passe du bon temps et demain… PRBKLT …tout sera réglé. Elle se sera lassé de moi, de toute manière. Il redresse sa tête, ouvre les yeux et voit, curieusement, la jeune fille étalée sur la table.
« Hm ? Tu… vas bien ? L’alcool t’es monté à la tête ? » Demande-t-il vainement en tentant de la redresser. Elle semble surprise, avec ses grands yeux et sa bouche entrouverte mais il ne remarque cela qu’après avoir contemplé le grand trou béant sur son front d’où s’écoulait du sang.
Il pivote sur lui-même et voit plusieurs clients se lever de leur tables, paniqués, effrayés, par un homme qui se tient à l’autre bout du restaurant, pistolet dans la main et vociférant des ordres.
« Ok les pouilleux, ici c’est le territoire du clan Shimano. Vous allez maintenant me dire où se trouve Kiryu du clan Dojima où je vous éclate tous la tronche comme la minette là-bas. »
L’employé de bureau ne comprends plus rien, il y a même pas une minute, il discutait avec une jeune et maintenant… elle était décédé ? Il tenta de se lever pour fuir mais ses jambes semblaient tétanisées. Son seul réflexe fut alors d’hurler.
« Mais c’est quoi son problème à l’autre crétin là ? Hurla l’homme armé en voyant l’employé de bureau paniquer. Ah, j’ai compris. Il veut rejoindre sa copine. Bah, fallait le dire plus tôt. »
L’homme armé commence à viser en direction de l’employé de bureau, il titille la gâchette, affiche un large sourire et… se fait interrompre.
« Tu me cherchais, Yazu Shimano ? » Lance une voix d’une des extrémités de la salle. Yazu se tourne en direction de la voix et se met à rire. « Kiryu ! Tu es réellement venu ! » Il jette son arme par terre. « J’ai cru que j’allais m’ennuyer à mourir dans ce vieux trou à rats. »
« Tss, y a vraiment trop de tarés à Kamurochô. Crache Kiryu en serrant les poings. Et la seule manière de vous raisonner, c’est en vous fracassant le crâne.
- Tel est le monde des yakuza.
- Tu as peut-être raison. »





